"Je suis le dissident de tout le monde, un hérétique, un indésirable absolu, le minoritaire de toutes les minorités."

Pièce de Michel Azama

"Pasolini est mort d’une façon accordée, non à sa vie, mais aux convictions et aux préjugés de la société italienne : non par sa faute, mais par celles des autres. En d’autres termes, et pour être tout à fait clair : Pelosi et consorts ont été le bras qui a tué Pasolini ; mais les fauteurs de crime sont légion : ils sont la société italienne toute entière." Alberto Moravia «…Pasolini apologie des voyous, apôtre de la fange, prince des hérétiques…» La pièce n’est ni le 34ème procès de ce «dérangeur», ni son hagiographie. Elle donne à voir toutes les situations d’exclusions auxquelles a été confronté ce poète, romancier, journaliste, cinéaste, qui réussissait le tour de force d’être à la fois communiste et exclu du parti, marxiste impénitent deux fois primé par l’Office Catholique du cinéma, toujours honni, toujours dérangeant, jamais là où on aurait cru l’attendre. Pasolini, critique lucide d’un pouvoir politique, écrit en 1975, peu de temps avant sa mort : «…C’est un pouvoir qui manipule les corps d’une façon horrible… il manipule en transformant la conscience de la pire façon, instituant ces nouvelles valeurs aliénantes et fausses que sont les valeurs de la consommation et de l’argent…» Cette société-là le mènera sur la plage d’Ostie un soir de novembre 1975. Dans l’énigme de ce destin, l’assassin n’est plus le loubard ramassé une nuit de drague, mais la société d’un pays social-démocrate réactionnaire. Une époque où, entre pourrissement mafieux de l’Etat italien et dégénérescence des espoirs et illusions nés dans les décennies précédentes, s’amorce un nouveau tournant de l’histoire. «…Je suis le dissident de tout le monde, un indésirable absolu, le minoritaire de toutes les minorités. Je suis un homme contre…» Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pasolini, meurt assassiné. Officiellement, par un prostitué de passage. Du Frioul de sa jeunesse à sa mort sur une plage près de Rome, Pasolini est un «Poète» combattant, déchiré, homme public et personne privée. Homme de notre temps. Frère de Sade, Baudelaire, Copernic, Rimbaud, Giordano Bruno, Villon. Un homme qui dit Non. Bouc émissaire d’une société. Plus que jamais, en 2003, lorsque tant de pays d’Europe et d’ailleurs dévirent - dangereusement - vers l’extrémisme, il paraît indispensable de montrer ce refus d’un Homme Scandaleux. Scandaliser est un droit. Être scandalisé, un plaisir. Quiconque refuse le plaisir d’être scandalisé est un blême moraliste. Pasolini. 31 octobre 1975.

Artistes : Michel Derville, Salim Kechiouche, Jean Menaud, Cyril Romoli
Metteur en scène : Jean Menaud